Soutien à la famille Mitaj !

lundi 1er octobre 2018
par  Sud éducation 66

  • Marc Anglaret

L’histoire débute en 2016, en Albanie. Alors qu’elle marche dans la rue avec son père, Amarilda Mitaj, qui a alors 14 ans, est «  importunée  » par un jeune homme. Comme tout père le ferait, Kastriot s’interpose. Un conflit éclate alors, verbal, puis physique ; on sépare les deux hommes. Cela n’aurait sans doute pas été plus loin si l’importun n’avait été membre d’une des familles mafieuses qui gangrènent le pays, avec la collaboration plus ou moins passive de l’administration d’État, largement corrompue.
En Albanie existe encore ce qu’on appelle le Kanun, survivance du droit coutumier médiéval, dont fait partie la gjakmarrje, la «  reprise du sang  » (proche de la vendetta corse par exemple), selon laquelle toute atteinte à «  l’honneur  » doit se régler d’homme à homme, en dehors des tribunaux. Deux mois après l’incident, Kastriot rentre chez lui dans un taxi collectif, dans lequel il voyage avec d’autres personnes. Il est attendu par trois hommes. Kastriot reconnaît immédiatement l’un d’eux : c’est celui avec lequel il s’est battu deux mois auparavant. Pressentant le danger, il dit au conducteur du taxi de ne pas s’arrêter. Celui-ci réussit à éviter la voiture bloquant le passage. Les trois hommes ouvrent alors le feu sur le véhicule, brisant les vitres, sans faire de blessé.
Kastriot porte plainte. L’enquête de police sera aussi rapide qu’inefficace, la famille des agresseurs bénéficiant manifestement de soutien dans l’administration judiciaire. Face au danger, les Mitaj se cachent (Amarilda et son jeune frère s’enferment et ne vont plus à l’école), puis décident de quitter leur pays, incapable de les protéger, en novembre 2016. Une semaine plus tard, après un passage par l’Italie, Lyon et Montpellier, la famille arrive à Perpignan, où elle dépose une demande d’asile. Elle est prise en charge par l’Association de Solidarité avec Tou·te·s les Immigré·e·s (ASTI) et le Comité de soutien aux sans-papiers. C’est le début du marathon administratif.
Les enfants sont bien sûr scolarisés. Amarilda va au collège Pons au Vernet, où elle s’intègre très rapidement. Mais progressivement, les espoirs des Mitaj de rester en France sont refroidis. L’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA) considère qu’il n’existe pas de preuve réelle du danger encouru par les Mitaj dans leur pays. Qu’à cela ne tienne : les militant·e·s qui les soutiennent parviennent à trouver un article de journal qui nomme explicitement Kastriot dans la tentative d’assassinat qu’il a subie. L’administration française lit-elle les dossiers qu’on lui envoie ? On est en droit de se le demander, car il est encore une fois répondu qu’il n’existe pas de preuve que ce sont bien les Mitaj eux-mêmes qui sont visés : ils sont déclarés expulsables. Ils font appel auprès de la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA). Mais, absurdité administrative, cet appel n’est pas suspensif et la Préfecture ordonne leur expulsion. Soutenus par de nombreu·ses·x militant·e·s, les Mitaj refusent d’embarquer dans l’avion qui les renvoie dans un pays où ils risquent leur vie. Ils sont maintenant poursuivis pour ce refus, considéré comme un délit !
Les militant·e·s du Comité de soutien aux sans-papiers et les professeurs du collège Pons accélèrent leur soutien. Après une visite un peu mouvementée à la Préfecture, qui peut décider à tout moment d’une nouvelle expulsion, le secrétaire général de la Préfecture s’engage, devant les médias, à transmettre au Préfet la demande de surseoir à l’expulsion au moins le temps que la CNDA rende son avis sur l’appel déposé… Fragile sursis.
Après l’obtention de son brevet, Amarilda a fait sa rentrée en seconde au lycée Arago. Mais lorsque vous lirez ces lignes, les Mitaj auront peut-être été expulsés par l’administration de la France, terre d’asile, terre d’accueil, pays des droits de l’homme, renvoyés en Albanie où ils risquent la mort.

SOUTIEN À LA FAMILLE MITAJ !

RÉGULARISATION DE TOUS LES SANS-PAPIERS !