Les sans-papiers du CFA

vendredi 2 octobre 2015
par  Sud éducation 66

Léon Sergeant

Depuis la mi-juillet, le Centre de Formation des Apprentis de Perpignan, désaffecté et mis en vente il y a plusieurs mois, est occupé par des familles de sans-papiers.
Au tout début, elles étaient au nombre de six, soit quatorze personnes. À la fin août, il y avait douze familles soit seize adultes et vingt enfants dont l’âge varie de 5 mois à 15 ans.
Perpignan compte quatre squats regroupant au total plus de 100 personnes.
Ces déboutés du droit d’asile reçoivent l’aide du Comité de Soutien au Collectif des Sans-Papiers* qui regroupe une quinzaine d’associations, de partis politiques et de syndicats dont Solidaires (l’ensemble des Syndicats SUD).
Toutes ces familles ont fui la guerre, les menaces de la mafia ou celles de la police. Elles viennent d’Ukraine, de Géorgie, de Tchétchénie, d’Albanie ou d’Algérie. Dans leur pays, ils•elles étaient garagiste, artiste peintre, prothésiste dentaire, interprète, enseignant…
Dans ce squat de 5000 mètres carrés, un des plus vastes de France, la vie s’est organisée tant bien que mal :

  • Quatre ou cinq jours après l’installation des premières familles, la direction du CFA faisait couper l’électricité.
  • Les familles reçoivent, régulièrement, l’aide d’Emmaüs, du Secours Populaire, de la Banque Alimentaire et celle des Restos du cœur. La présence active de membres du Comité de Soutien leur est d’un grand réconfort.
  • Leur existence au CFA, situé avenue du Conflent, est rythmée par les distributions alimentaires les mardi et samedi, les contrôles réguliers ou inopinés de la police et de la PAF. Une organisation collective s’est peu à peu mise en place dans la solidarité :
  • Les femmes ont instauré un planning de nettoyage des locaux. Elles partagent leurs repas, ou s’occupent à tour de rôle des enfants.
  • Convoquées à la PAF pour une aide au retour et pour un relogement très provisoire et bien plus qu’incertain, les familles ont toutes refusé ces propositions, d’un commun accord.
  • Le 27 août, à l’occasion de l’anniversaire d’un garçon qui fêtait ses six ans, toute la petite communauté était réunie en présence de quelques membres du Comité.

Vie presque normale, allez-vous penser ?
En fait, tout le monde vit dans une angoisse qui ne transparait pas sur les visages, mais qui est, malheureusement, bien réelle.
À l’heure où des milliers de réfugiés risquent leur vie dans la traversée de la Méditerranée, la solidarité s’organise dans les Pyrénées-Orientales.
Les 5 et 6 septembre, le Comité de soutien a organisé, avec la participation active des sans-papiers, une exposition déambulatoire à l’occasion du festival Visa pour l’Image.
Après le décès tragique d’Aylan Kurdi, de son frère et de sa mère à Bodrum en Turquie, les choses donnent l’impression d’évoluer en faveur des réfugiés, en Europe et en particulier en France.
À Perpignan, les médias locaux s’intéressent au sort des sans-papiers. Il y a d’abord eu une double page dans « La Semaine du Roussillon ». Puis, « L’Indépendant » a réalisé plusieurs articles sur le même sujet. Enfin, « France Bleu Roussillon » a réalisé un reportage sur l’un des squats de la ville.

Le 23 septembre, le Tribunal de Perpignan a décidé de repousser le délai de l’expulsion jusqu’en mars 2016. Une belle victoire !
Restent deux questions lancinantes :
Quelle sera la position de l’autorité préfectorale ?
Que vont devenir les sans-papiers du CFA, sans électricité, sans chauffage pendant la mauvaise saison ?

* Le Comité de soutien regroupe :

  • des associations : l’Asti, Bouge Toit, la Cimade, la LDH, le MRAP, RESF
  • des partis politiques : la CUP, EELV, le NPA, le PCF
  • des syndicats : la CGT, la CNT, la CNT-SO, la FSU, Solidaires Asti : Association de Solidarité avec tou·te·s les Immigré·e·s Cimade : Comité Inter Mouvements Auprès Des Evacués