Le livret personnel de compétence

mardi 25 septembre 2012
par  Sud éducation 66

finalisation de la désespérance du Socle Commun

Dans sa lettre du 22 juin 2012 à tous les enseignants, et après l’avoir fortement critiqué lors de la campagne électorale de François Hollande, Vincent Peillon (BO n°26 du 26 juin 2012) reprend à son compte le socle commun de connaissances et confirme la circulaire de rentrée de son prédécesseur Luc Châtel. Hormis l’évaluation des enseignants et quelques emplois supplémentaires annoncés au détriment d’autres ministères qui ont tout autant souffert que l’Education nationale ces dernières années.
Pour un court résumé :

  • liaison école/collège pour préparer la fusion des corps PE et PLC dans l’école du socle,
  • « PPRE passerelle » CM2/6ème et aide personnalisée organisée au collège par les PE,
  • programme Éclair avec recrutement au profil par le chef d’établissement, contrats d’objectifs de circonscription ou regroupant un collège et les écoles du secteur, notamment en Éclair…
  • livret de compétences outil de « l’école du socle commun »,
  • évaluations d‘école et tentatives de mises en œuvre de contrats d’objectifs.

Le socle commun c’est l’autonomie des établissements par une mise en réseau des écoles et des collèges ; à terme, l’individualisation des parcours se fera au détriment de ce qu’il y a encore de « commun » ou de « national » dans l’Education. C’est la première règle des réformes de fond : leur donner un nom, une appellation qui met au premier plan exactement ce qu’elles vont détruire. Détruire l’idée du « commun », dans le sens du « bien commun » et l’utilisant pour classifier, isoler, séparer, évaluer chacun(e) de nous, de nos élèves par la construction illusoire d’un SOCLE COMMUN.
L’analyse d’un des composants de cette construction, la mise en place du Livret Personnel de Compétences reste un élément assez simple à appréhender ; initialement réservé aux collégien(ne)s, celui-ci arrive maintenant en élémentaire. Un extrait du communiqué de la Fédération des Syndicats SUD Education du 29 avril 2011 est reproduite ci-dessous :
« Parce que l’instauration du Livret personnel de compétences poursuit des fins économiques et policières qui ne sont nullement conformes à la vocation de l’école publique ; parce qu’elle est non seulement inutile, mais préjudiciable au travail pédagogique des enseignants et à l’instruction des élèves ; parce qu’elle constitue pour les personnels une surcharge de travail superfétatoire, qu’il n’est pas même prévu de rémunérer ; et parce que l’absurdité de nombreux items du LPC en rend la validation impossible, SUD éducation appelle tous les personnels de l’éducation à refuser d’y participer en organisant collectivement le boycott du LPC. »
L’intégralité du communiqué sur http://retraitbaseeleves.files.wordpress.com/2011/05/communique_lpc-sud.pdf

Ce communiqué fait suite au « Bilan des rencontres nationales du CNRBE des 7 et 8 mai 2011 » ; les participants ont réaffirmé la nécessité de boycotter le fichier appelé « livret personnel de compétences » (LPC), appel lancé par le CNRBE au mois de mars 2011. Les termes employés par le ministère de l’Education nationale sont volontairement trompeurs : ce n’est pas un « livret » mais un véritable « traitement automatisé » ; il n’a rien de « personnel » car il est voué à être partagé pour des usages qui échappent à la connaissance des parents ; la notion même de « compétences » ne correspond pas à une approche pédagogique comme peuvent le croire de nombreux enseignants, mais est employée dans une logique purement économique, axée uniquement sur l’« employabilité » et la mise en concurrence des personnes sur le marché du travail.

Les interventions de trois invités, Christian Laval, docteur en sociologie à Paris X – Nanterre, chercheur à l’Institut de recherche de la FSU (lire son article « La réforme managériale et sécuritaire de l’école ») et participe aussi aux travaux de “l’Appel des appels”, Angélique Del Rey, professeure de philosophie et auteure de « A l’école des compétences » (La Découverte), Hélène Bertrand du collectif Emancipation, qui a dirigé le dossier « Piloter l’obéissance : l’évaluation-management » paru en novembre 2010 dans la revue L’Émancipation syndicale et pédagogique sont de nature à faire évoluer notre regard bien trop souvent complaisant ou désabusé.

Trois synthèses qui vous donneront, nous l’espérons, l’envie d’approfondir et d’écouter l’intégralité de leur intervention sur http://retraitbaseeleves.wordpress.com/2011/05/14/lpc-competences-employabilite/

Christian Laval oriente son propos sur l’« école-entreprise », où comment la logique néolibérale vise à intégrer dans l’appareil d’Etat et les services publics les « normes du privé ». Il évoque ensuite la question des compétences en abordant la notion d’ « employabilité » (à partir de 4’), la standardisation du travail d’enseignant qu’implique cette approche (5’30) ; il donne un exemple d’outil au service de cette « cause », un espace numérique de travail développé par la région Ile-de-France dans les lycées, LILIE, comme exemple type d’une école « manageriale » (6’45) ; et termine en évoquant la question du vocabulaire, qui a travesti le terme « compétence » dans une optique purement économique (8’50). Angélique Del Rey raconte comment, en tant que professeure de philosophie, elle a été confrontée, par un formateur de l’IUFM, à cette « pédagogie des compétences », comment elle a découvert le fameux « socle commun » imposé par l’Union européenne (5’45) qui donne une priorité « utilitariste » à l’enseignement, et les formes de résistance qu’il faut dès maintenant inventer. Elle terminera par évoquer le mythe de la « société de la connaissance » (9’50) et ce qu’implique l’évaluation des compétences sur la normalisation des comportements et des attitudes.

Hélène Bertrand aborde la question du lien entre cette évaluation des compétences et les offensives du patronat visant à « liquider » les acquis sociaux collectifs, y compris ceux des enseignants (statuts, conventions collectives, grilles de salaires, etc.) ; comment la notion de « gestion des ressources humaines » impose au salarié de gérer sa propre « employabilité » (4’30) grâce au fameux « bilan de compétences », obligatoire pour les demandeurs d’emploi (5’45) ; et enfin comment cette logique s’est imposée aux élèves, de l’école primaire à l’université (6’50), suite à une armada de lois votées depuis le début des années 2000.

L’excellent et simple document intitulé « LPC pour les nuls » est aussi à consulter sur http://retraitbaseeleves.files.wordpress.com/2010/12/lpc-pour-les-nuls2010.pdf