La réforme du collège : inacceptable car inégalitaire !

vendredi 11 décembre 2015
par  Sud éducation 66

Emmanuel Peroy

En septembre prochain (rentrée année scolaire 2016-2017), une double réforme va entrer en vigueur dans tous les collèges de France : une refonte complète de tous les programmes sur les quatre niveaux dès la première année, une nouveauté, jamais les programmes n’ont été changés de cette façon, d’habitude ils sont changés chaque année niveau par niveau, et une réforme complète des enseignements au collège appelée la réforme du collège. C’est de cette dernière dont nous parlerons ici.
Cette réforme se veut être une réforme qui a pour objectif principal de réduire la fracture scolaire, d’éviter que des milliers de jeunes ne sortent du système scolaire sans diplôme. Il faut redonner « envie » aux élèves de venir en classe (dixit la ministre) et ainsi revoir complètement l’organisation des enseignements au collège.

- Première étape dans cette réforme qui entre dans le cadre de la « refondation de l’école de la République » initiée par M. Peillon, une baisse du nombre d’heures d’enseignement par semaine. Tous les niveaux passeront ainsi à 26 heures par semaine, de la 6ème à la 3ème. Auparavant l’on aura « déconstruit » le collège en le divisant en deux niveaux : la 6e est ainsi rattachée au primaire dans un cycle 3 avec le CM1 et le CM2 alors que les 5èmes 4èmes 3èmes sont regroupées dans un cycle 4 exclusivement collégien, faisant entrer ainsi une logique de cycle à la place d’une logique d’année, logique très bien intégrée dans les programmes et dans l’acquisition du nouveau « Socle de connaissances, de compétences et de culture » dont l’apprentissage est renforcé par la volonté d’imposer le mode d’évaluation par compétences, puisque l’élève devra valider toutes les compétences liées à son niveau en fin de cycle. Un nouveau bulletin scolaire a été prévu pour cela.
C’est pourquoi SUD éducation ne peut accepter cette réforme.

- Deuxième étape : On crée de nouveaux enseignements, les E.P.I. : Enseignements Pratiques Interdisciplinaires. Sorte d’ersatz d’IDD ? Pas tout à fait. Alors que les IDD étaient comptés en plus dans les heures d’enseignement, les E.P.I., à raison de 2 à 3 heures par semaine, sont eux intégrés aux horaires d’enseignement, de manière à ne pas dépasser les fameuses 26 heures par semaine citées plus haut. À ces EPI, ajoutons l’AP (Aide Personnalisée) pour 3 heures par semaine en 6e et entre 1 et 2 heures de la 5e à la 3e. Nous avons ainsi deux types d’enseignements qui empiéteront donc maintenant sur nos heures d’enseignement disciplinaires les diminuant d’autant.
Petit exercice de maths : Multiplions le nombre d’heures de cours disciplinaires par le nombre de semaines de cours pour chaque année de collège.
Avant la réforme : 25x36 (6e) + 25,5x36 (5e) + 28,5x36 (4e) + 28,5x36 (3e) = 3870 heures
Après la réforme : 23x36 (6e) + 22x36 (5e) + 22x36 (4e) + 22x36 (3e) = 3204 heures
Donc un élève qui entrera en 6ème en 2016 aura, sur la totalité de sa scolarité au collège, 666 heures disciplinaires de moins (désolé pas fait exprès !) qu’un élève qui sera sorti de l’institution en 2016.
C’est pourquoi SUD éducation ne peut accepter cette réforme.

- Troisième étape : Le renforcement de l’autonomie des établissements, puisque les EPI, qui pourront représenter entre 15 et 20% des contenus enseignés, varieront d’un établissement à l’autre. Ils seront assurés par les enseignants mais aussi par des « partenaires » (associations agréées par le MEN dont certaines sont très liées au MEDEF) et destinés à aboutir à une réalisation concrète (« présentation orale ou écrite, un livret ou un carnet... »).
Plusieurs remarques :

  • La mise en place de ces E.P.I. risque de désorganiser très fortement les services, de plus ces derniers se feront pour l’essentiel en classe entière.
  • La mise en œuvre des E.P.I. nécessitera une importante concertation avec des réunions obligatoires (conséquence de l’application des nouvelles Obligations Réglementaires de Service et de leurs « missions liées »). Une forte augmentation de la charge de travail est donc à prévoir sans aucune revalorisation salariale.
  • Les EPI étant pris sur les heures disciplinaires, leur mise en place risque de provoquer une mise en concurrence malsaine entre les disciplines et la multiplication des compléments de service.
  • Enfin le temps de concertation pour la mise en place et le suivi des E.P.I. sera imposé (grâce la réforme des statuts) à tou·te·s et non payé ! Toujours plus de travail en perspective, sans aucune compensation.

Tout cela a déjà commencé dans nos établissements où coordonnateurs et conseil pédagogique sont déjà très fortement sollicités pour sa mise en place.
Chaque établissement pourra organiser ces E.P.I. : annualisation ? semestrialisation ? trimestrialisation ? Plus personne ne comprendra rien, ni les personnels, ni les élèves, ni les parents… mais cela fera une jolie « usine à gaz ».
Au nombre de 8 (6 devront obligatoirement être traités sur le « cycle 4 »), les thèmes des EPI sont prédéfinis au détriment de la liberté pédagogique des enseignants. Cela risque de donner des projets artificiels ; de plus comment traiter la totalité du programme disciplinaire dans le cadre de ces EPI ?
Ces EPI vont désorganiser les services étant donné la complexité des montages nécessaires pour les mettre en œuvre. Leur mise en place va supprimer des heures disciplinaires. Il est fort probable que les objectifs très nombreux qu’ils entendent atteindre ne le seront jamais faute de moyens réels (traiter le programme disciplinaire, mettre en œuvre l’usage du numérique, d’une langue vivante...).

C’est pourquoi SUD éducation ne peut accepter cette réforme.

- Quatrième étape, pour calmer un peu tout le monde : Outre les enseignements obligatoires (horaires disciplinaires + enseignements complémentaires c’est-à-dire EPI et AP), la réforme prévoit un volume horaire flottant attribué aux établissements par le recteur. Ce volume est calculé sur la base de 2h45 par division en 2016 et 3 heures par division au terme de la réforme en 2017. Ces heures doivent servir pour favoriser le travail en groupes à effectifs réduits (en sciences, technologie, langues vivantes, langues régionales et EMC). Par ailleurs les enseignements de compléments (latin, grec et langues régionales) sont aussi prévus sur ce volume horaire dans la limite d’une heure par semaine en 5ème et de 2 heures en 4ème et 3ème. Enfin c’est aussi sur ce volant d’heures que doit se faire la co-animation éventuelle de cours (notamment pour les E.P.I.).
Plusieurs remarques :

  • L’utilisation des heures est répartie conformément au projet d’établissement, accentuant les inégalités dans l’offre de formation et risquant de semer la zizanie entre les personnels en mettant une fois de plus les disciplines en concurrence.
  • Ce volant d’heures constituera vraisemblablement un maximum pour la marge au-dessus des horaires réglementaires dans les D.H.G., risquant ainsi à terme de niveler celles-ci par le bas.

C’est pourquoi SUD éducation ne peut accepter cette réforme.

- Cinquième étape : Concomitamment avec la mise en place de ces nouveaux enseignements, la suppression d’autres enseignements sont actés :

  • Les classes bilangues ou Allemand LV1, concrètement, sont supprimées, mettant en péril les services des enseignant·e·s de cette discipline, et ne sont maintenues que lorsque les élèves ont suivi une LV2 en primaire.
  • Comme pour les classes bilangues ou les langues anciennes, les options DP3 et DP6 sont supprimées de la grille des horaires réglementaires. Elles ne pourront être enseignées que dans le cadre des enseignements complémentaires, qui leur seront spécifiquement consacrés, et d’une « dotation horaire spécifique » dont le volume n’est pas fixé par le texte !

C’est pourquoi SUD éducation ne peut accepter cette réforme.

- Sixième étape : on en remet une couche sur l’autonomie des établissements :
Chaque collège pourra, en effet, mettre en place une modulation des horaires disciplinaires en fonction des choix de l’établissement avec pour seule limite le respect du volume horaire global de chaque discipline sur le cycle, le respect du volume horaire global annuel des enseignements obligatoires dus aux élèves et des obligations réglementaires de service des enseignants.
Plusieurs remarques :

  • Il n’y aurait plus, de fait, de programme national avec des volumes horaires par niveaux nationaux. C’est la porte ouverte au renforcement des inégalités sociales et territoriales.
  • L’organisation du temps scolaire des élèves risque de répondre davantage à des contraintes managériales qu’à des impératifs pédagogiques.
  • La continuité de l’enseignement sera rompue en cas de déménagement d’un-e élève et de sa famille.

C’est pourquoi SUD éducation ne peut accepter cette réforme.

- Autres conséquences pour nous enseignants :

  • Un emploi du temps « gruyère », modulable par trimestre et relativement chargé. Si l’on prend en compte les nouvelles O.R.S., les diverses réunions « obligatoires », les éventuelles situations de complément de service, on peut plutôt s’attendre à une augmentation importante de la présence en établissement et de la charge de travail !
  • L’administration entend nous obliger à participer à des journées de « formation » à la réforme. La circulaire n°2015-106 du 30 juin 2015 prévoit que les formations se dérouleront d’octobre 2015 à mai 2016 dans les collèges et le bassin. Les enseignants d’un même établissement seront convoqués par vagues successives. Le but de ces « formations » est bien sûr de distiller la propagande du ministère pour mieux l’aider à faire passer sa réforme en force. Les « formations » à la réforme imposées par l’administration sont inadmissibles sur la forme comme sur le fond !

C’est pourquoi SUD éducation ne peut accepter cette réforme.

SUD éducation appelle donc toutes et tous à rejeter cette réforme dans tous les collèges par toutes actions qu’ils·elles jugeront nécessaires.

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Cet article a repris très largement une bonne partie des textes de la formation organisée par SUD éducation Languedoc-Roussillon le jeudi 19 novembre 2015 à Montpellier. Merci donc à nos formateurs, Mikaël, Jean-Baptiste et Julien.