LA PRÉCARITÉ À L’ÉDUCATION NATIONALE S’EXPÉRIMENTE DÉJÀ DANS CERTAINES CATÉGORIES

vendredi 10 février 2006
par  Sud éducation 66

Gilles De ROBIEN introduit progressivement la bi-valence, en demandant aux professeurs d’être en mesure d’enseigner deux matières. Ce projet, s’accompagne de celui des remplacements à l’interne, pour les absences inopinées de courte durée. Ainsi se met en place progressivement un dispositif qui permet d’introduire petit à petit une déréglementation du système éducatif. L’objectif final étant de précariser chaque personne, en supprimant progressivement tous les statuts des personnels. Les postes à profil, avec recrutement et salaire personnalisés font leur apparition, bientôt ils seront la règle pour tous... Il y a derrière tout cela, une volonté politique de banaliser l’idée qu’on est tous polyvalents et interchangeables. Une volonté politique de faire entrer dans les mœurs la concurrence permanente entre les individus, avec la crainte du chômage.

Cela rappelle étrangement ce qui s’est passé avec les Surveillants MI/SE :
Ils avaient un statut d’Etudiant Salarié, qui garantissait à chacun un salaire, contre une prestation éducative. Le recrutement se faisait uniquement sur critères sociaux et anonymement, ils disposaient d’un aménagement horaires pour suivre leurs études. Cette formule permettait à des jeunes issus de milieux modestes d’entrer dans des cycles universitaires, grâce à un emploi aménagé, et un revenu correct.
Pour casser cela, Allègre a créé en 2000 les Aide-Educateurs recrutés sur profil, avec des contrats de droit privé. Cette création d’un nouveau corps permettait une première remise en cause du statut des MI/SE, en remplaçant progressivement les uns par les autres. Au passage, cela permettait aussi d’expérimenter la concurrence et la rivalité en montant les deux catégories l’ une contre l’autre. Enfin, pour achever l’œuvre libérale nocive d’Allègre, Ferry a inventé les Assistants d’Education, qui doivent devenir le seul et unique corps d’encadrement des élèves. Eux sont recrutés directement par les chefs d’établissement, sur des contrats individualisés, renouvelables tous les ans. Ainsi, pour trouver un poste, ils doivent faire des demandes partout, et répondre à tous les entretiens d’embauches. Pour garder un poste, ils doivent se montrer dociles. En 2003, un grand mouvement est parti des surveillants contre cette déréglementation.

Mais les surveillants ont perdu cette bataille, car ils se sont retrouvés isolés, alors que leur combat était celui de tous. Et l’on peut dire même celui de tous les fonctionnaires (en effet, c’était la première fois qu’un statut était remis en cause). A présent, la situation pénible que vivent actuellement les Assistants d’Education est là pour nous montrer que s’ expérimente sur leur dos, ce qui sera la règle pour tous demain.
Hier les MI/SE, aujourd’hui les Agents, demain les CPE et les PLP, après-demain tous les enseignants !
N’attendons pas qu’il soit trop tard, agissons tous ensembles contre cette casse des services publics programmée par les Sarkozy-Villepin, et mise en place par les hauts fonctionnaires de notre administration qui agissent de concert avec le Medef. En effet, depuis cette année, ce syndicat du patronat aux idées réactionnaires, entre officiellement dans les établissements scolaires.
Réagissons vite, sinon demain, nous serons tous des précaires, licenciables et corvéables à merci.
Deux ouvrages traitent de cette dérive de l’Education Nationale, des livres à lire, car ils détaillent les directives de l’Europe, et décrivent ce que sera l’école libérale qui nous attend :

  • Tableau noir, de Gérard Sélys et Nico Hirtt, éditions EPO
  • Les nouveaux maîtres de l’école, de Nico Hirtt, éditions EPO.

Michel Benkemoun