APPELER UN CHAT UN CHAT : LE « SERVICE MINIMUM » EST UNE ATTEINTE AU DROIT DE GRÈVE

mardi 11 septembre 2007
par  Sud éducation 66

Sarkozy en campagne avait fait savoir qu’il voulait instaurer dans les transports publics le « service minimum » réclamé par la droite parlementaire. Au lendemain des élections législatives, Darcos, Fillon et quelques autres se sont employés à tester dans les médias l’idée de son application à d’autres secteurs, l’Education Nationale notamment. Une fois ce « service minimum » dans les transports devenu réalité, gageons qu’on verra rapidement d’autres lieux de travail concernés par cette contrainte. Le but est à terme de réduire les possibilités de grève dans l’ensemble des services publics et par suite dans l’ensemble du monde du travail. Cette loi est donc loin d’être anodine, même si le gouvernement et Sarkozy lui-même s’emploient à la montrer comme simple question de « bon sens » tout en réaffirmant le caractère constitutionnel du droit de grève.

La droite entend soumettre les travailleurs à l’impératif libéral du « travailler plus ». Le texte sur « la continuité du service public dans les transports terrestres » est une pièce du puzzle sarkozyste. Il s’agit, à terme, d’une mesure de coercition pour clouer les travailleurs à leur travail quelles qu’en soient les conditions, alors qu’elle est présentée comme une mesure technique pour améliorer ce que la terminologie libérale nomme « la prévention des conflits ». En clair, il s’agit d’éviter les mouvements de grève, certes pas en évitant les motifs d’insatisfaction des salariés, mais en les privant des moyens de se défendre, ou au moins, dans un premier temps, en rendant plus complexe le recours à la grève. Et le recours au vote de tous les salariés au bout de huit jours de grève vise en fait à permettre aux non-grévistes d’arrêter une grève !

Le service minimum est une atteinte au droit de grève parce qu’il consiste tout simplement à rendre une grève invisible et indolore, c’est-à-dire inexistante. La grève est le droit qu’ont conquis les travailleurs de cesser le travail quand les conditions de celui-ci sont pour eux inacceptables. En tant que forme de lutte, elle consiste à faire pression directement pour obtenir la satisfaction des revendications, et en cela se distingue d’une manifestation ou d’une pétition : elle n’a de sens que si elle crée une perturbation dans le travail. Laisser entendre qu’une grève « acceptable » est une grève qui ne provoque aucune gêne est une supercherie qui vise à supprimer toute grève car une telle grève serait sans effet. Elle se ferait au seul détriment de ceux qui perdent leur salaire en la faisant. Empêcher la visibilité de la grève, c’est prétendre en faire autre chose que ce qu’elle est, c’est la vider de son contenu revendicatif. La grève est l’arme des travailleurs tout simplement parce qu’elle est, pour le moment, ce que le monde du travail a trouvé de mieux pour se faire entendre. Sans la grève il n’y aurait pas eu les congés payés, la protection sociale ou les droits syndicaux dans l’entreprise. Et aucun responsable syndical ne saurait donc jamais être mandaté pour négocier ce droit à la grève.

Commencer par les transports et en particulier par la SNCF constitue pour le pouvoir un bon test de la résistance syndicale. Pour le syndicalisme, c’est un véritable défi puisque, après la mise au pas des agents de la SNCF, au nom du « droit des usagers » on ne voit pas ce qui pourrait éviter le même processus dans l’éducation et partout ailleurs. L’instauration d’un service minimum dans les transports traduit une volonté d’affaiblir la capacité d’action collective des salariés à l’heure où le gouvernement prépare de graves attaques contre les services publics et le monde du travail. Les projets antisociaux (régime de retraite, contrat de travail, …) se cachent derrière cette loi antigrève ! Il convient donc de lier notre défense du droit de grève à celle, plus large, des services publics et de leur développement, faisant écho aux camarades de Sud rail qui écrivaient fin juin : « le droit de grève n’est pas négociable, mais le service offert aux usagers est améliorable ! ».

Après une parole syndicale inaudible durant la campagne électorale, l’ensemble des fédérations de cheminots (Cgt, Cfdt, Fo, Cftc, Sud rail, Unsa, Cgc, Fgaac) a pu se retrouver dès le 5 juillet pour écrire que « le service public des transports n’est pas malade des grèves mais des carences, des dysfonctionnements dus aux politiques de déréglementation et de libéralisation successives. » La Fédération des Usagers des Transports et des Services Publics ne s’y est pas trompée en ajoutant dans un texte commun avec Sud Rail : « Le débat sur le service minimum ne doit pas faire oublier que la SNCF est devenue une entreprise à deux vitesses qui donne la priorité absolue au TGV aux dépens de nos trains de banlieue, de nos trains régionaux et interrégionaux. Sur nos lignes, elle économise sur tout, notamment sur l’entretien des trains (… ) Nous devons exiger que la SNCF prenne au quotidien les mesures nécessaires pour que nos trains ne tombent pas en panne et ne soient pas annulés, retardés. (…) c’est tous les jours de l’année que les usagers sont victimes de retards, de pannes, d’annulation de trains, d’incidents techniques dus au manque de matériel moderne, à l’entretien déficient des rames et des installation fixes, et aux effectifs insuffisants ».
Pour occulter cette réalité Sarkozy se présente comme le défenseur des usagers, de la « France exaspérée » contre les grèves et les syndicats, alors qu’il organise, avec le remplacement d’un départ en retraite sur deux, un affaiblissement sans précédent de l’ensemble des services publics. L’urgence est donc pour chaque secteur professionnel de mettre en avant les solidarités interprofessionnelles car la défense du droit de grève ne saurait être le fait des seuls agents de la SNCF.

L’Union syndicale Solidaires, dans sa démarche unitaire, a favorisé la tenue de rassemblements intersyndicaux le 31 juillet dans de nombreuses villes et devant l’Assemblée Nationale. Pour Sud Education la rentrée scolaire doit permettre de renforcer le front unitaire pour mettre en échec les prétentions du gouvernement et du Medef.

Sud Education Puy-de-Dôme